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A propos de l’exploitation sexuelle des enfants dans des foyers pour handicapés
Berne, le 8 février 2011: La fondation étant axée sur la prévention, elle se mobilise contre la violence envers les enfants et pour leur protection; ainsi, nous travaillons depuis près de 30 ans à changer les structures qui permettent de tels actes. Nous nous employons à sensibiliser le grand public, les personnes de confiance des enfants ainsi que les enfants eux-mêmes. Dire non à des adultes ou avoir le courage, dans le pire des cas, de parler de ce qu’ils ont vécu n’est pas facile pour les enfants concernés. Nous les aidons à le faire sans jamais décharger l’entourage de sa responsabilité. Car protéger les enfants est l’affaire des adultes.
Les enfants affectés par un handicap sont particulièrement vulnérables
Les enfants sont dépendants de nous, les adultes, et doivent pouvoir nous faire confiance. Les enfants en institution, qu’il s’agisse d’internats, de maisons d’éducation ou de foyers pour handicapés sont, à cet égard, particulièrement vulnérables. Les enfants handicapés qui vivent dans un foyer ne peuvent, le cas échéant, disposer d’eux-mêmes que de manière très restreinte. L’organisation au quotidien, la structure de l’établissement ainsi que le degré et le type de handicap limitent leur capacité de disposer d’eux-mêmes. Il s’agit donc, de la part des institutions et du personnel d’encadrement, de prendre des précautions particulières et d’analyser en permanence la tâche délicate qui leur incombe en raison de l’écart de pouvoir entre les personnes qui s’occupent des résidants et les résidants eux-mêmes.
Les enfants exploités sexuellement par des adultes – en particulier quand cela se produit, comme presque toujours, dans le cadre de relations de confiance et de dépendance – peuvent souffrir de séquelles extrêmement négatives allant jusqu’à des traumatismes graves. Déceler des agressions sexuelles n’est généralement pas facile pour le personnel de prise en charge et les personnes extérieures. Les enfants, y compris les enfants handicapés, réagissent de manière très variable à un tel vécu et présentent les signes les plus divers : des symptômes physiques graves, des modifications et des troubles du comportement peuvent apparaître. Généralement, les enfants se gênent de parler ou se sentent coupables de ce qui s’est passé. Comme ce sujet reste en grande partie tabou et que les obstacles d’ordre structurel entravent l’élucidation de tels actes, les victimes sont généralement privées leur vie durant de la reconnaissance de leur souffrance à la suite d’abus sexuels.
Ouvrir les yeux
Les symptômes qui surviennent après des agressions ne sont souvent pas faciles à interpréter. Il est néanmoins essentiel d’ouvrir les yeux et, en particulier lorsque les enfants ne peuvent pas parler ou le font de manière limitée, il est décisif de déceler des signaux qui pourraient indiquer qu’il y a eu une agression, de les prendre au sérieux et d’agir de manière responsable. C’est la seule façon de réduire, dans ce domaine, la large frange des cas non révélés. Les agressions sexuelles laissent des traces qui sont très souvent d’ordre psychique et doivent pouvoir être interprétées de manière compétente. Un enfant qui recommence à se mouiller et à se salir, qui se comporte de manière particulièrement introvertie ou au contraire devient, chose nouvelle, très extraverti, devrait alerter les personnes qui s’en occupent. De manière générale, des changements de comportement tels que comportement agressif ou sexualisé, évitement des contacts ou repli sur soi peuvent être les signes qu’une agression sexuelle a eu lieu. Le personnel des foyers et les autres personnes qui s’occupent des enfants doivent faire preuve de beaucoup d’intuition et, surtout, de professionnalisme.
Directives des institutions concernant la prévention
Ce n’est pas un hasard si les foyers concernés ont déclaré qu’ils allaient remanier leurs directives, ce qui doit être salué très positivement. Les directives institutionnelles et leur mise en application ne signifient pas qu’il n’y aura plus d’agressions; elles représentent toutefois un élément important de la prévention des abus sexuels sur les enfants et peuvent fortement contribuer à réduire le nombre des cas. La prévention se fonde sur plusieurs piliers différents. La sensibilisation et l’information du personnel et des enfants jouent un rôle essentiel. Par ailleurs, le déroulement précis de ce qu’il faut faire lors de la détection précoce et de l’intervention doit faire partie du dispositif mis en place par l’établissement. Pour la mise en œuvre, le personnel doit être formé en permanence et bénéficier d’un soutien, par ex. sous la forme d’une supervision. Une culture d’entreprise qui préconise le dialogue et estime normal d’exprimer ses doutes favorise la prévention.
Lorsqu’on découvre que des enfants ont été victimes d’exploitation sexuelle, toute l’attention se porte généralement sur l’agresseur (c’est rarement une femme). Le risque d’oublier les enfants est grand. Ces enfants ont besoin d’un soutien professionnel adapté à leur degré de développement. Il ne faut pas les laisser seuls avec leur vécu mais les accompagner dans le processus qui leur permettra de le surmonter.
Un dispositif de gestion des risques fait défaut
Comme l’agresseur dans le cas présent n’a pas été reconnu pendant tant d’années et a pu changer d’emploi sans problème, la discussion quant à des listes noires et à l’interdiction de l’exercice de la profession a pris un nouvel élan. Si ces mesures semblent apporter des solutions simples et rapides à un problème grave, elles sont insuffisantes. La Fondation Suisse pour la Protection de l’Enfant soutient de telles revendications - dans la mesure où elles s’inscrivent dans une gestion professionnelle des risques. Le Code pénal suisse a pour but de réinsérer les délinquants dans la société. En cas de délits graves - ce que sont les délits sexuels sur des enfants – un dispositif étendu de gestion des risques fait aujourd’hui défaut. Ce système devrait comprendre un travail cohérent avec les délinquants, coordonné de manière interdisciplinaire, visant notamment à renforcer les mécanismes personnels de contrôle des intéressés ; il devrait prévoir conjointement des mesures de protection pour les victimes potentielles et leur entourage. Une mesure de protection de ce type pourrait être, pour les délinquants sexuels condamnés par un jugement, l’interdiction d’exercer leur activité dans tous les domaines où ils sont en contact avec des enfants, que ce soit dans le cadre professionnel ou non professionnel (loisirs).
Les requêtes de la Fondation Suisse pour la Protection de l’Enfant
Afin de mieux protéger à l’avenir tous les enfants contre les abus sexuels et de donner des droits à ceux qui ne peuvent pas se protéger, la Fondation Suisse pour la Protection de l’Enfant réclame, de la part des institutions, des cantons et de la Confédération, les mesures suivantes:
- Une loi sur la prévention qui conçoit la prévention de la violence comme un pilier important de la promotion de la santé.
- Une gestion professionnelle des risques orientée spécifiquement en fonction de différentes catégories de délinquants, par ex. les délinquants pédophiles
- Une éducation sexuelle conçue également comme mesure de prévention de la violence sexuelle, accessible à tous les enfants dès leur jeune âge, par ex. dans toutes les écoles et les foyers reconnus. L’éducation sexuelle doit être adaptée à l’âge et être renouvelée régulièrement. Elle doit viser à renforcer l’estime de soi des enfants et des jeunes.
- Une information destinée aux parents et aux autres personnes responsables de l’éducation sur la prévention de la violence sexuelle ;cette dernière ne doit pas se fonder sur la peur mais transmettre des connaissances sur le développement sexuel de l’enfant et fournir un appui aux tâches éducatives.
- L’introduction de ce sujet dans la formation de toutes les professions où l’on côtoie des enfants
- Des directives institutionnelles et leur application concernant la prévention et la manière de faire face aux abus sexuels ; ces directives doivent être intégrées au fonctionnement de l’établissement (par ex. recrutement du personnel, culture d’entreprise, création de bureaux pour recueillir les dénonciations, cours de formation, supervisions, code de conduite ...)
Les offres de la fondation en matière de prévention/d'intervention précoce:
- Guide pratique „Education sexuelle et prévention des abus sexuels sur les jeunes enfants“, destiné aux parents et autre personnes intervenant dans l’éducation d’enfants de 0 à 6 ans.
- Exposition interactive „Mon corps est à moi!“ destinée aux élèves de 8-10 ans ; informations auprès de la FSPE. Avec module de formation pour les enseignants et des informations pour les parents
- Exposition interactive „Mon corps est à moi!“ destinée à des enfants atteints de handicaps (nous cherchons actuellement des partenaires pour la réaliser). Avec module de perfectionnement pour les collaborateurs des institutions et des informations pour les parents
- „Maltraitance infantile – protection de l’enfant: guide concernant la détection précoce et la façon de procéder dans un cabinet médical “. Parution au printemps 2011
- „Détection précoce de la violence sur de jeunes enfants pour les professionnels de la petite enfance“. Guide, parution au cours de la seconde moitié de 2011
Pour améliorer la protection de l’enfant, la Fondation Suisse pour la Protection de l’Enfant s’investit activement également au niveau politique, par ex. en intervenant dans les procédures législatives au moyen de prises de position et de recommandations.
