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L'enfant est victime, pas auteur!
Berne, le 4 octobre 2009: C’est un scandale. Roman Polanski, réalisateur connu dans le monde entier et distingué à de multiples reprises, est arrêté en Suisse et doit être remis aux Etats-Unis, afin de se justifier devant un tribunal. Des acteurs culturels de renom appellent à protester. Des voix politiques de tous bords portent l’ «affaire Polanski» au niveau politique et se déclarent solidaires. La justice suisse récolte peu d’estime, mais beaucoup de critiques.
L’affaire Polanski fait scandale – mais qu’est-ce qui est choquant? Laissons de côté les arguments pour ou contre la procédure de son arrestation à Zurich et ne considérons ni l’éminent cinéaste, ni les périodes difficiles de sa vie, ni sa contribution incontestable au monde de la culture internationale. Examinons uniquement le cœur de l’affaire: en 1977, un homme de plus de quarante ans a fait consommer de la drogue et de l’alcool à une enfant de treize ans avant de la violer. L’homme a été dénoncé, a reconnu sa culpabilité, a été condamné et s’est soustrait à sa peine. Entretemps, la victime lui a pardonné. Doit-il cependant être puni pour son acte plus de trente ans après les faits? Est-ce nécessaire?
La loi protège les enfants contre la violence sexuelle – aussi bien dans le droit international que dans la législation suisse. La convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant oblige les Etats signataires à prendre les mesures adéquates. L’Organisation mondiale de la Santé, tout comme le droit pénal suisse, s’efforcent d’assurer cette protection en fixant notamment un âge pour définir la minorité sexuelle. L’âge de protection –fixé actuellement à 16 ans en Suisse – doit empêcher que des mineurs soient manipulés et que leur ignorance soit exploitée. Une fille de treize ans est une enfant ou, dans le meilleur des cas, une préadolescente. Les actes sexuels sur elle sont interdits – qu’elle soit consentante ou non. Ils sont aussi interdits même si l’enfant, pour quelque raison que ce soit, s’offre ou prend même l’initiative d’un acte sexuel.
Les déclarations classiques d’auteurs selon lesquelles la victime mineure aurait été consentante ou aurait de toute façon déjà eu des expériences sexuelles, n’ont aucun sens. Que Monsieur Polanski et les milieux qui le soutiennent se servent de telles excuses est proprement effrayant. C’est pourquoi il faut s’en tenir en toute clarté au principe en vigueur: la responsabilité des agressions sexuelles sur les enfants incombe toujours à la personne plus âgée. Ce n’est jamais la faute de l’enfant, quel que soit son comportement et indépendamment de la vie qu’il a menée auparavant. L’enfant est victime, pas auteur.
Aucune société n’a le droit de tolérer que des mineurs soient exploités sexuellement. Il faut aussi empêcher que des auteurs condamnés puissent échapper à l’application de la peine. Il faut pour cela une meilleure collaboration internationale. Lorsque l’on connaît les conséquences des agressions sexuelles sur les enfants, on sait qu’une protection accrue – et non réduite - de l’enfance est nécessaire.
Le fait que de nombreux acteurs de la vie culturelle soutiennent Polanski, par une sorte de réflexe, n’effraie pas seulement les spécialistes de la protection de l’enfance. C’est ce que montrent les innombrables interventions sur des blogs qui s’expriment clairement contre le fait de minimiser ce type de crime et estiment que dans notre Etat de droit, les lois sont également valables pour un détenteur d’Oscar. La violence sexuelle sur les enfants n’est pas un délit mineur. En Suisse uniquement, on estime qu’une fille sur trois et un garçon sur neuf est victime de violence sexuelle au moins une fois avant son seizième anniversaire.
Lorsque les amis de Polanski essaient, par solidarité, d’enjoliver son crime et de mettre une partie de la faute sur la fillette de l’époque, ils sont prêts à accepter que pour d’innombrables victimes, d’anciennes blessures se rouvrent et que ces personnes se retrouvent dans leurs propres souvenirs traumatisants. La vague de solidarité avec Polanski réveille beaucoup de souffrance et affaiblit la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants. N’est-ce pas là le véritable scandale?
